Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /Nov /2009 22:02


     Quoi de plus beau qu'une page blanche pour celui qui veut écrire? Comment ne pas s'extasier devant la multitude des possibles qu'elle préfigure? Comment ne pas s'émouvoir devant l'espace qu'elle offre à l'imagination, devant le terrain qui verra naître des idées, des images, des personnages, des sentiments, une petite image de nous même ou un grand chef d'oeuvre?


      Quoi de pire qu'une page blanche pour celui qui veut écrire? Sa vacuité le ramène à celle de son esprit, aux scènes qui flottent devant ses yeux mais qu'il ne parvient à relier ensemble, pour former une oeuvre. L'étendue des possibles lui rappelle l'étroitesse de son imagination.

     Alors, comment remplir cette page blanche?

      Je vous propose de m'y aider: d'allier mes mots à vos idées, de mettre mes phrases à la disposition de votre imagination.

      Concrètement, après chaque séquence de quelques paragraphes, vous pourrez me laisser, dans vos commentaires, un mot, une idée,un détail, un décor, un sentiment, une action, un rebondissement, un personnage... Je m'efforcerai d'en intégrer un maximum dans la séquence suivante.
Par Sophonxe - Communauté : ecrivains en herbe
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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /Nov /2009 20:38

    Le garçon passa rapidement entre les tables, son plateau en équilibre instable au bout de son bras gauche, un torchon blanc dans la main droite. Son visage était inexpressif. Il servait une table, en débarrassait une autre, semblant ne pas remarquer les êtres vivants assis là, et leurs vaines tentatives de pénétrer un instant dans son univers.

     Il posa un café devant Marine. Le bruit sec de la soucoupe heurtant le marbre de la table fit sursauter la jeune fille, qui releva la tête. Le serveur quittait déjà la terrasse, passant le seuil usé d'un pas vif. Ses chaussures de sport bleu vif juraient étrangement sous le pli de son pantalon sombre. L'odeur du breuvage prit le pas sur la curiosité; les yeux verts s'abaissèrent sur la tasse. De longs doigts fins partirent à la recherche du sucre, sur le rebord de la soucoupe, et le déballèrent agilement avant de le laisser tomber dans une gerbe d'éclaboussures miniatures. La cuillère suivit, entamant un mouvement rotatoire hypnotisant.

     Marine reposa la cuillère sur la table dans un tintement sourd. Elle souleva la tasse, et la porta à ses lèvres, puis inspira profondément en fermant les yeux, emplissant ses narines du profond arôme, se concentrant sur le plaisir très prochain de la dégustation. Elle rouvrit les yeux et commença à basculer la tasse pour tremper ses lèvres. Le mouvement, à peine ébauché, s'interrompit aussitôt. La jeune fille demeura figée, les lèvres entrouvertes à quelques millimètres de la faïence, le regard fixe face à elle, brillant soudainement plus intensément.
Par Sophonxe - Communauté : ecrivains en herbe
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Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /Nov /2009 11:50

    Deux hommes la dévisageaient sans aucune discrétion.

     A la table voisine, un jeune dandy écarquillait les yeux, son visage décomposé contrastant avec sa tenue soigneusement élaborée. Immobile, visiblement anxieux, il semblait se demander comment réagir à une apparition.

     Derrière lui, un homme plus mûr, déjà grisonnant, mais non dénué de charme, fixait Marine intensément, un petit sourire au coin des lèvres, une tasse à café à la main. Elle le suivit du regard alors qu'il s'éloignait doucement, emporté dans le flot de la circulation par le bus sur lequel il était affiché...

     Le damoiseau profita de ce court répit pour reprendre contenance. Il passa une main fébrile dans ses cheveux ondulés, reprit sa respiration tant bien que mal, ébaucha un sourire maladroit, et lâcha dans un souffle:

- Marine?
Par Sophonxe - Communauté : ecrivains en herbe
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Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /Nov /2009 11:36

     Les yeux verts de la jeune femme scrutèrent le visage qui lui faisait face, à la recherche d'un élément distinctif, ou d'un trait familier. Un sourcil relevé marquait son trouble, à la limite de l'inquiétude. Elle s'enquit, d'une voix peu assurée:

- Oui? On se connaît?

     Le jeune élégant se leva de sa chaise et s'approcha de la table de Marine, abandonnant sur la sienne un café fumant, le morceau de sucre encore posé sur le rebord de la soucoupe. Son visage semblait tout juste sorti de l'enfance, alors que son costume lui donnait une prestance d'homme. Son sourire timide semblait proche de déserter ses lèvres lorsqu'il répondit, presque implorant:

- Antoine... Tu te souviens?

      Elle ne put le rassurer, un flot de souvenirs l'ayant submergée et coupée de la réalité. La moiteur sombre d'une salle de cinéma, un film de Tim Burton projeté sur l'écran, sa main blottie dans une autre, plus grande, chaude et rassurante. Le banc vert d'un square, usé par d'interminables discussions, qui lui faisaient perdre toute notion du temps. Un papier cadeau bleu, froissé, qui s'ouvre sur les pages d'un livre, devenu depuis sa référence, Les Hauts de Hurlevent. L'annonce de son départ, et l'instant où elle avait cru que sa vie s'arrêtait. Les semaines, et les mois qui lui avaient été nécessaires pour tourner la page...

     Elle avait tourné la page. Son passé ne pouvait la rattraper. Pas ce jour là; pas -justement- ce jour là...

    Rougissante, passablement gênée, elle se leva gauchement et lança d'une voix qui se voulait assurée:

- Non... Désolée...

Puis elle passa par dessus son épaule la bandoulière de son vaste sac, et s'éloigna d'un pas rapide, fuyant son passé sans un regard en arrière.
Par Sophonxe
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Vendredi 13 novembre 2009 5 13 /11 /Nov /2009 15:16


     Marchant sur le trottoir d'un pas aussi vif que le lui permettaient ses hauts talons, Marine tentait d'oublier la scène et de faire le vide dans sa tête. Sa respiration chaotique prit peu à peu le rythme de ses foulées, rapide mais régulier. Quand elle arriva devant les hautes grilles de l'université, elle ne pensait plus qu'à l'épreuve sur laquelle elle s'apprêtait à plancher, et qui, en cas de réussite, mettrait fin à de longues années de travail acharné.

     Elle ressortit quatre heures plus tard, dans un état second, épuisée, abrutie, mais relativement confiante. Elle fit quelques pas, avant qu'un courant d'air glacial ne s'engouffre dans sa veste de tailleur et ne la ramène à la réalité. Qu'avait-elle fait? Ne venait-elle pas de passer à côté d'une chance unique de renouer avec le bonheur insouciant de son passé? de s'offrir un avenir tel qu'elle l'avait rêvé autrefois?

     Atterrée, elle reprit mécaniquement le chemin de son petit appartement, laissant divaguer son esprit. Celui-ci se réfugia dans les souvenirs heureux, qu'elle avait depuis si longtemps écartés. Sa première rencontre avec Antoine. Adolescent, ses parents avaient emménagé dans la maison voisine de la sienne, et très vite ils avaient fait connaissance. Et très vite un lien étrangement fort s'était noué...

     Une larme glissait doucement le long de la joue pâle de la jeune fille, alors qu'elle poussait la lourde porte de son immeuble.

   
Par Sophonxe
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Une page blanche

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