Samedi 14 novembre 2009
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12:16
Sitôt la porte de l'appartement refermée, le chat noir de Marine, nommé Pitre par amour pour les livres, vint se frotter entre ses jambes, au risque de se faire écraser une patte à
chaque pas. Contrairement à son habitude, elle ne prit pas la peine de s'accroupir pour lui donner une caresse, mais évita tant bien que mal le matou, déposa sa sacoche contre le mur de l'entrée,
et se laissa choir dans son fauteuil club, aux accoudoirs marqués des coups de griffes du félin.
Après un moment d'abattement et de prostration, la jeune femme sortit son iPhone de sa poche, et entreprit une recherche sur Internet pour trouver les coordonnées
d'Antoine. Sans résultat.
Elle se releva en soupirant, et s'approcha de la baie vitrée qui dominait les toits des immeubles voisins. Au delà, dans la pénombre, elle apercevait la silhouette sombre
des chênes du square du quartier. Le soleil se couchait à l'horizon, et Marine se demandait ce qu'elle devait retenir de sa journée.
Par Sophonxe
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Lundi 16 novembre 2009
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10:13
Exténuée et désorientée, Marine quitta la fenêtre pour rejoindre sa petite cuisine, où elle se prépara un thé parfumé à la menthe. Elle s'assit à son bureau avec sa tasse fumante et
entreprit des recherches sur Facebook. Elle n'y avait pas trouvé Antoine lors de sa première tentative, mais peut-être que par l'entremise d'amis communs de l'époque...
Le thé avait refroidi et elle n'avait pas trouvé la moindre piste. Lasse, elle s'apprêtait à abandonner, lorsqu'on sonna à la porte. Surprise, avec un fol espoir, elle
rajusta rapidement ses cheveux avant d'ouvrir, pour se trouver face au visage ingrat de sa concierge.
- C'est pour le loyer. Il a pas été payé ce mois-ci!
Marine soupira en pinçant les lèvres avant de répondre d'une voix aussi douce que possible, malgré son agacement manifeste:
- Je passerai demain sans faute Madame Michel... Bonne soirée.
Elle repoussa la porte d'un geste décidé, ne laissant pas à son interlocutrice la possibilité de répliquer. Complètement dénué d'élégance ce hérisson là!
Se sachant incapable de dormir malgré la fatigue qui l'accablait, Marine prit une douche bouillante, troqua son tailleur et ses talons contre un jean et des Converses, et
ressortit, ses pas suivant, inconsciemment ou non, le chemin parcouru plus tôt dans la journée.
Elle arrivait en vue de la terrasse du café, désertée à cette heure tardive au profit de l'intérieur plus cosy, lorsque la sonnerie de son téléphone retentit.
Par Sophonxe
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Mercredi 18 novembre 2009
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13:30
Debout au milieu du trottoir, les lèvres plissées en une légère moue, Marine, portable à l'oreille,
écoutait, sans dire un mot. Après quelques minutes, durant lesquelles elle se balança insensiblement d'un pied sur l'autre, attendant visiblement de pouvoir prendre la parole, elle soupira et
répondit.
- Arrête de pleurer Elise, je ne comprends rien... Je suis au café du Parc. Viens me retrouver pour m'expliquer tout ça.
L'intérieur du café était encombré et bruyant. Marine choisit une petite table carrée, un peu à l'écart, le long de la fenêtre. Elle s'assit face à la salle, et laissa son
regard divaguer et inspecter les lieux, tandis qu'elle attendait de passer sa commande.
La décoration était rustique, en décalage avec le quartier huppé alentour. Des outils agricoles anciens, cotoyaient des gerbes de blé, et des photos de vaches en noir et
blanc. Une grande affiche annonçait une rétrospective consacrée à l'oeuvre de Tim Burton dans une petite salle de banlieue la semaine suivante.
- Et pour la demoiselle, qu'est ce que ce sera?
Le serveur était planté devant elle, son empressement à prendre la commande marqué par le mouvement rythmé d'une chaussure bleue.
Par Sophonxe
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Vendredi 27 novembre 2009
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10:02
Marine commanda une infusion et un croque monsieur puis reprit son inspection détaillée de la salle pour patienter. Un peu plus loin, deux femmes discutaient de manière animée.
Des éclats de voix traversaient la salle. De grands gestes appuyaient les paroles. Un fracas attira les regards de l'assemblée sur
la table. Le plateau du serveur gisait au sol et une large tache auréolait le pantalon d'une femme blonde, aux cheveux tirés. Un peu plus tôt la plus véhémente, elle semblait soudainement
calmée.
Marine, un discret sourire au coin des lèvres, reporta son attention sur la jeune fille qui passait la porte. Elle faillit ne pas reconnaître son amie, tant la pâle figure,
les yeux bouffis, les cheveux défaits, la jupe tombant de travers sur des collants filés étaient loin de la petite brune pétillante et tirée à quatre épingles qu'elle cotoyait chaque jour.
Elise s'assit en silence, tandis que le serveur, le regard perdu dans le vide, déposait la commande devant Marine. Un tremblement discret de la lèvre inférieur laissait
présager un nouveau déferlement de larmes, mais les yeux rouges se posèrent sur l'addition et la jeune fille s'empara de la sucette qui l'accompagnait dans la soucoupe blanche. Elle lâcha, comme
pour s'excuser:
- Caramel beurre salé, c'est mon pêché mignon...
Par Sophonxe
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Lundi 30 novembre 2009
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14:00
Marine écouta distraitement les lamentations de sa camarade et tenta mollement de la consoler. Son petit
ami l'avait quittée. Combien de fois était-ce arrivé cette année? Comment s'appelait déjà le dernier en date? Victor? Benjamin? Fabrice? Rapidement, elle se laissa distraire par la musique
ambiante, abandonnant Elise à son monologue. Les hauts-parleurs jouaient une chanson d'amour au charme suranné, et elle se laissa envahir par les souvenirs et la nostalgie, le regard brillant,
fixant le motif du carrelage devant elle
Une larme brillait au bord de ses cils lorsqu'elle revint à la réalité, remarquant les chaussures bleues anormalement immobiles à côté du pied de la table. Elle redressa la
tête, renvoyant ses cheveux ondulés derrière ses épaules, et découvrit les yeux gris du serveur fixés sur elle, soudainement incisifs.
- Si vous voulez le revoir, il prend le dernier train pour Marseille, ce soir.
- Pardon? s'enquit-elle, décontenancée.
- Antoine, il rentre à Marseille ce soir par le dernier TGV, à 22h52. Il est encore temps...
Marine se leva sous le regard éberlué de sa compagne. Elle hésita un instant entre demander des explications sur cette intervention inopinée, ou se précipiter dehors au
plus vite. Elle se contenta de s'enquérir:
- Quelle gare?
Par Sophonxe
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