Mercredi 11 novembre 2009
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Les yeux verts de la jeune femme scrutèrent le visage qui lui faisait face, à la recherche d'un élément
distinctif, ou d'un trait familier. Un sourcil relevé marquait son trouble, à la limite de l'inquiétude. Elle s'enquit, d'une voix peu assurée:
- Oui? On se connaît?
Le jeune élégant se leva de sa chaise et s'approcha de la table de Marine, abandonnant sur la sienne un café fumant, le morceau de sucre encore posé sur le rebord de la
soucoupe. Son visage semblait tout juste sorti de l'enfance, alors que son costume lui donnait une prestance d'homme. Son sourire timide semblait proche de déserter ses lèvres lorsqu'il répondit,
presque implorant:
- Antoine... Tu te souviens?
Elle ne put le rassurer, un flot de souvenirs l'ayant submergée et coupée de la réalité. La moiteur sombre d'une salle de cinéma, un film de Tim Burton projeté sur
l'écran, sa main blottie dans une autre, plus grande, chaude et rassurante. Le banc vert d'un square, usé par d'interminables discussions, qui lui faisaient perdre toute notion du temps. Un papier
cadeau bleu, froissé, qui s'ouvre sur les pages d'un livre, devenu depuis sa référence, Les Hauts de Hurlevent. L'annonce de son départ, et l'instant où elle avait cru que sa vie
s'arrêtait. Les semaines, et les mois qui lui avaient été nécessaires pour tourner la page...
Elle avait tourné la page. Son passé ne pouvait la rattraper. Pas ce jour là; pas -justement- ce jour là...
Rougissante, passablement gênée, elle se leva gauchement et lança d'une voix qui se voulait assurée:
- Non... Désolée...
Puis elle passa par dessus son épaule la bandoulière de son vaste sac, et s'éloigna d'un pas rapide, fuyant son passé sans un regard en arrière.
Par Sophonxe
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des talons (hauteur à votre convenance), un courant d'air et une larme.